Ces étoffes venues d’Afrique, Part I

Ces étoffes venues d’Afrique, Part I

Le wax, bien que très largement répandu et porté depuis deux siècles en Afrique, n’est pas l’unique tissu du continent. On l’a vu, il est d’ailleurs fabriqué en grande majorité en Hollande.

De nombreuses autres étoffes existent, aussi belles les unes que les autres avec des techniques de fabrication aux allures perfectionnistes. Certaines sont même attribuées aux familles royales, notamment au Ghana, au Cameroun ou au Mali.

Ce sont souvent, des fibres naturelles, utilisant de la teinture naturelle, ou encore des tissus fabriqués à l’aide de techniques de tissage fait main qui leur confèrent parfois un caractère unique.

Avant de vous les faire découvrir, il est important de faire la différence entre la matière du tissu et les méthodes de fabrication. 90% des tissus cités ci-dessous sont réalisés sur du coton plusieurs pays en Afrique de l’Ouest en sont producteurs. La soie est également utilisée.

Il existe différents modes de fabrication qui font la particularité et donnent un nom aux étoffes, qui sont propres à chaque pays en Afrique.

La teinture naturelle avec l’indigo, le bogolan, le calicot par exemple. Ce sont des procédés endurants et longs, et donc coûteux. Bon nombre se rabattent donc sur la solution de facilité avec de la teinture artificielle & industrielle.

Le tissage, fait main ou en procédé plus industriel à la machine : il y a notamment le manjak, le kenté, le faso.

La broderie, fait main ou à la machine: le toghu par exemple.

L’imprimé plus répandu : le wax, le capulana, et toutes les étoffes imprimées en imitation des techniques précédemment citées.

Photos représentant du fils de cotons blanc et bleu

La teinture naturelle

Elle est appliquée très généralement sur du textile en coton tissé ou sur des fils de coton avant tissage.
Photo de linge de lit fait avec du textile indigo
Photo représentant 1 jeune femme sur podium vêtues de textile bogolan

L’indigo
Saviez vous que c’est une plante ? des feuilles vertes qu’on appelle “feuilles à indigo”. C’est la première plante de teinture d’Afrique de l’Ouest, et la plus répandue. Du vert qui devient bleu, par action d’oxydation ! Intéressant non ?
Je vous en parlerai plus en détail prochainement, c’est passionnant ! 

C’est une technique très intéressante qui me tient particulièrement à coeur pour ses nuances de bleu, sa noblesse de ses teintes, son élégance, et bien sûr toute son histoire. 

Le bogolan vient du Mali. C’est une technique de teinture à base de boue minérale.
Bogolan veut dire littéralement “fait à base de boue”.
La teinture est appliquée sur l’étoffe avec des symboles qui étaient une forme de communication pour les initiés qui savaient les décoder. On y apprenait la naissance d’un enfant, ou encore le deuil dans une famille.Saviez-vous qu’à une certaine époque, seuls les forgerons pouvaient se vêtir en bogolan et que l’étoffe était réalisée par leurs épouses ? Vous me direz il doit y avoir du machisme en dessous !
Figurez-vous, non. Il y a une véritable raison à cela. Comme quoi, la manière de se vêtir nous en dit long sur un peuple et son histoire.

Vous en saurez davantage dans un prochain article…

Le tissage des fibres de coton et soie

Le kita, encore appelé kenté est une étoffe tissée. Il vient du peuple Akan & Ashanti (vous souvenez-vous ? Les mêmes qui ont fait venir le wax en Afrique). Peuple originaire du Ghana et de la Côte d’Ivoire.

Le kenté était lui aussi, à l’origine une étoffe royale. Les notables Akan et Ashanti la portaient lors des cérémonies, drapés à la manière des toges romaines. Le tissu royal avait alors un caractère sacré. On le revêt encore lors des mariages.

C’est un métier à tisser traditionnel. La méthode consiste à tisser des fils de coton ou de soie entre eux. Plusieurs fils de couleurs sont utilisés, et chaque couleur avait une signification.
Après le tissage on obtient des bandelettes qui sont cousues entre elles.

Photo d'une jeune femme, elle porte une veste jaune et une jupe rouge
le faso dan fani (ou le faso)
Signifie littéralement le pagne tissé de la patrie. On l’appelle aussi le pagne tissé ou Guessé au Mali. La méthode est principalement utilisée au Burkina Faso, et au Mali. Le métier de tisserand était d’abord réservé aux hommes en Afrique de l’Ouest. Désormais, au Burkina, il est ouvert aux femmes qui s’organisent en coopérative pour développer ce textile, qui reste réservé à une consommation locale.

Le faso a été développé au Buskina, grâce à un de ses anciens présidents, Thomas Sankara, qui y voyait un acte politique et militer pour inciter les burkinabés à consommer local : être fier de vêtir « le pagne tissé de la patrie ».

La méthode de tissage traditionnel du Faso utilise 2 fils de couleur (souvent du blanc et noir, ou du blanc et bleu – des fils de coton plus faciles à obtenir). On obtient de longues bandes (plus larges que le kenté) qui sont ensuite cousues entre elles pour obtenir un “pagne” qui sera alors confectionnés en vêtement.

Cependant, le métier se modernise au fil du temps pour faciliter la production. Des designers lui apportent un coup de jeune avec des motifs plus stylistiques. C’est le cas notamment de Yeleen design ou Afrika Tisse, une association française qui forme les femmes burkinabés à la technique du tissage traditionnel.

Le manjak ou mandjak est aussi bien le peuple et le pagne tissé – originaires d’Afrique de l’ouest, les mankak sont répartis entre la Gambie, la Casamance (Sénégal) et la Guinée-Bissau.

Ce tissu traditionnel était à l’origine utilisé pour les rites funéraires. Ensuite, l’étoffe a été transposée et portée pour son élégance pendant les grandes occasions.
C’est en effet, une étoffe de qualité avec de la couleur et des symboles. Là également, le métier de tissage est réservés aux hommes, les femmes réalisent les finitions.

Des créateurs comme Aïssa Dione, dans son approche “slow industry”, ont modernisé le manjak.

Les tissus en Afrique, on l’a vu, sont plein de symboles. C’est une forme de communication, pour des peuples qui ont une transmission orale.

Je vous propose de faire une pause à ce stade, afin que vous puissiez apprécier la lecture. Je vous parlerai des imprimés, broderies, et autres techniques dans un prochain article.

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